Citrouilles grimaçantes, bonbons par kilos et enfants déguisés en vampires : Halloween semble aussi américain que le hamburger. Pourtant, son histoire commence bien loin des États-Unis, dans les brumes celtes. Petit voyage dans le temps, à la lueur d'une lanterne.
Il y a plus de deux mille ans, les peuples celtes d'Irlande et des îles britanniques célébraient Samain, une grande fête qui marquait la fin des moissons et le passage vers la saison sombre de l'année. Selon les croyances, la frontière entre le monde des vivants et celui des morts s'amincissait alors, laissant les esprits circuler librement. De quoi justifier quelques feux de joie et beaucoup de prudence. Les historiens restent d'ailleurs partagés sur le lien direct entre Samain et notre Halloween, mais la filiation est souvent évoquée.
Au Moyen Âge, l'Église fixe au 1er novembre la Toussaint, la fête de tous les saints. La veille devient « All Hallows' Eve », la veille de la Toussaint, un nom qui finira, à force d'être prononcé à toute vitesse, par devenir Halloween. En Irlande, on raconte alors la légende de Jack, un forgeron avare qui aurait tant joué de mauvais tours au diable qu'à sa mort, ni le paradis ni l'enfer n'auraient voulu de lui. Condamné à errer, il éclaire sa route avec une braise glissée dans un navet creusé. C'est la naissance de la célèbre lanterne, la « Jack-o'-lantern ».
L'Amérique change tout (surtout le légume)
Au XIXe siècle, fuyant la Grande Famine, des centaines de milliers d'Irlandais émigrent aux États-Unis, emportant leurs traditions dans leurs bagages. Sur place, ils découvrent la citrouille, nettement plus facile à sculpter qu'un navet, et nettement plus photogénique. Le légume orange devient l'emblème de la fête.
Au fil du XXe siècle, Halloween se transforme en grande fête populaire et familiale. Les enfants prennent l'habitude de faire du porte-à-porte en réclamant des friandises au cri de « Trick or treat ! », autrement dit « Une farce ou une friandise ! ». Les fabricants de bonbons et de costumes y voient une aubaine, et le cinéma s'en mêle, notamment avec Halloween de John Carpenter en 1978, qui fait de la date un rendez-vous incontournable pour les amateurs de frissons. Aujourd'hui, Halloween est l'une des fêtes les plus importantes du calendrier américain, avec ses maisons décorées comme des manoirs hantés et ses tonnes de bonbons.
L'arrivée en France : une fête venue par le téléphone
En France, Halloween débarque de façon spectaculaire à la fin des années 1990. En 1997, France Télécom fait la promotion de son téléphone mobile Ola avec une campagne baptisée « Olaween », et installe des milliers de citrouilles sur l'esplanade du Trocadéro, à Paris. Les grands magasins, Disneyland Paris et les chaînes de restauration rapide suivent le mouvement, ravis de trouver une fête à célébrer entre la rentrée et Noël. Masques, déguisements et bonbons envahissent les rayons, et les enfants découvrent le porte-à-porte, parfois devant des voisins un peu perplexes.
Mais l'engouement retombe aussi vite qu'il est monté. Au milieu des années 2000, la presse va jusqu'à annoncer Halloween « quasi enterré ». La fête est alors critiquée pour son côté commercial et son américanisation, et peine à trouver sa place à côté de la Toussaint, bien plus ancrée dans les traditions familiales françaises. Pourtant, la France connaissait déjà ses propres coutumes : en Moselle, par exemple, on sculptait autrefois des lanternes effrayantes dans des betteraves à l'approche de la Toussaint.
Le grand retour
Depuis les années 2010, Halloween revient doucement, mais plus discrètement et à la française. Parcs d'attractions, escape games, bars, associations et municipalités proposent désormais animations et soirées thématiques, tandis que les réseaux sociaux remettent au goût du jour costumes et décorations. La fête séduit surtout les plus jeunes générations, qui l'ont connue dès l'enfance. Et si elle n'est pas devenue un jour férié, elle a bel et bien trouvé sa place dans le calendrier, entre deux tablettes de chocolat et une visite au cimetière.
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